2025 : l’année des communs.

Les communs : la culture des communs, les communs de la culture.

Là où commence le monde, le bien de personne la richesse de tous.
Sous-Thème : La culture des communs, les communs de la culture.

L’arbre et la place.
La maison sans murs.
Le ciel partagé.
Se regarder et se voir.
Se voir et se tendre la main.
Ici, les racines de l’histoire ont inscrit au plus profond cœur de chacun des lois ardentes de charité et d’humanité.
Ici, l’histoire a façonné des cultures et des modes de vie qui transcendent l’individualisme : le commun, les communs.
Héritages d’une histoire où la solidarité et le vivre-ensemble ne sont pas une option, mais une essence inscrite au cœur même de la coexistence et de la survie collective, le commun, les communs sont multiples dans
notre quotidien. Les communs puisent leur sens dans nos ressources et nos richesses collectives, qu’elles soient naturelles, culturelles ou sociales, etc. Nos communautés les gèrent et se les approprient selon des règles qui leur sont propres, hors des logiques d’appropriation privative ou purement marchande. Le commun revêt un sens d’autant plus profond dès que l’on comprend qu’il dépasse la simple idée de possession matérielle et s’ouvre même à nos valeurs, principes pratiques, savoir-faire ; aux pratiques qui façonnent nos communautés et nos interactions.


Pour nous tous qui avons l’Afrique en partage et son cœur brûlant de charité palpitant en nous, le voisinage est le premier lieu du commun. La plus petite unité du commun, la concession. Bien plus qu’un simple espace de proximité il est le lieu où brûle le commun, l’espace premier du partage et de la solidarité. Hors de question de fermer la porte et tirer la nappe à soi. Point de portes closes qui isolent et retranchent. La maison n’a de murs que leur réalité physique. Les murs ne sont pas des obstacles, mais des frontières poreuses qui n’inhibent ni l’échange ni le partage. Le mur structure l’espace sans enfermer, délimite sans exclure. La maison n’est pas forteresse, elle n’est pas une île à soi, une prison dorée aux murs élevés ; elle est notre générosité. La maison respire avec la cour commune ; elle s’ouvre sur la rue dans une porosité qui traduit la fluidité des liens sociaux eux-mêmes. Plus qu’une courtoisie, l’hospitalité est le principe de l’interaction. La mesure de la richesse ce n’est pas le bien accumulé, mais la générosité brûlante au cœur. Regards et voix circulent avec un naturel surprenant : un appel lancé d’une cour à l’autre, une présence rassurante… Et devant la concession, une jarre d’eau fraîche couverte et outillée d’une calebasse commune, qui attend le passant…

La concession. Les maisons alignées en cercles ou en demi-cercle semblent veiller sur nous.

Dans la concession, unité élémentaire de la vie ensemble, émerge la fraternité. Cet espace est donc le lieu d’apprentissage de l’altérité et du respect de l’autre. Ici, les générations cohabitent, sous l’action de tous, ancienne et nouvelle corde s’entrelacent. Dans ce cadre se forge la conscience du NOUS, la conviction intime que l’on est un au service de tous, un maillon essentiel d’un équilibre plus vaste. Ici le partage est la règle, l’entraide un devoir. Une parole de bénédiction est échangée au levant, une aide spontanée offerte dans l’épreuve, un sourire chaleureux encourage quand vient la fatigue du soir au retour des journées de labeur ; tant de gestes qui tissent des liens. Des liens qui résistent au temps, des liens qui consolident le voisinage africain. L’intimité du chez-soi et la porosité permise par le vivre-ensemble enrichissent la vie. Elle s’est forgée au fil de siècles de traditions et de valeurs.

On se soutient, on s’entraide et on transmet des valeurs. Chaque ainé est un guide, chaque adulte est un enseignant, chaque voisin : un parent de cœur. Le vieillard ne parle pas que pour lui et les siens, sa mémoire brûlante ébranle le cœur de tout un chacun. Ici l’enfant de l’un est l’enfant de tous. C’est ensemble qu’on l’éduque, c’est ensemble que l’on façonne l’argile. Bercé par les récits des anciens, éduqué par la vigilance des adultes, guidé par la bienveillance des voisins, égayé par les maraudes innocentes, porté par les enfants de son âge. S’il trébuche, nombreux accourent.

Véritable plaque tournante du vivre-ensemble communautaire, centralité de l’habitat traditionnel, la cour tantôt est la cuisine, tantôt la salle de réunion, tantôt l’aire de jeux des tout-petits, tantôt l’atelier de l’artisan. Familles et voisins partagent le repas ; ils s’entraident pour les tâches quotidiennes. Le mécanicien ajuste un boulon à même le trottoir, le tailleur s’installe sous l’arbre devant tous ; le monde se de fait ici à ciel ouvert.

Et là, trônant majestueux au milieu de la cour commune : l’arbre du village, l’arbre à palabre ; la place du village.

Preuve du temps, l’historien silencieux qui a tout vécu du monde qui l’entoure et des générations qui se sont succédé. Mémoire collective, notre monument se dresse majestueux. Pourtant il est humble dans sa stature : voici que les enfants grimpent à sa cime, rieurs et facétieux. Il sait aussi se montrer tour à tour le confident des amoureux, l’ami des faibles et le repos de ceux qui s’épuisent. Là encore, à son ombre, les pères devisent au Adji se défiant réciproquement et les anciens assis à l’ombre se remémorent le temps.

Tandis que les feuilles bruissent sous le vent, ici, sous cet arbre, des décisions se prennent, on tient conseil, les conflits s’apaisent, les tribunaux siègent, les rires éclatent, les silences parlent d’eux-mêmes. On y danse, on y festoie. Et quand le soleil au loin décline, ce même arbre nous accueille encore dans ses bras, fascinés et silencieux, hypnotisés, ébahis, émerveillés par les paroles de l’ancien à cette école du soir. C’est que, même la nuit, elle appartient à tous. Même la nuit est un commun, elle appelle un imaginaire collectif. La nuit… Sous le regard bienveillant de la lune, des étoiles, les plus jeunes improvisent un air de flute, la parole circule comme un fleuve lent qui irrigue la mémoire collective. Les nuits de chez nous.

Plus bas se dessine la rue. La rue endiablée de Lagos où les danfos drivers et ses vendeurs à la sauvette que l’on fustige, la rue pétillante d’Abidjan, fourmilière agitée en plein cœur d’Abobo où il est impossible de circuler aux heures de pointe ? La rue emplie de poésie du vieux Fès ? Les curieux agencements de la rue dakaroise ? Chez nous, la rue évoque plus qu’un axe de circulation à pied ou en voiture, etc. Elle est un espace de vie où se mêlent échanges sociaux, culture locale et économie informelle. On discute, on s’y arrête pour y passer du temps. On y vit, on prend des nouvelles du quartier, on commère, pourquoi pas ? On s’assied sur le porche, on regarde passer le temps. Ici encore les enfants possèdent l’espace ; la rue est un espace que s’approprie l’habitant. Dans cet espace possédant ses propres codes, l’habitant est chez lui ; c’est la voiture qui négocie pour trouver sa place, elle n’est pas reine. Les musiciens de fortune animent les soirées, jeunes et vieux organisent des compétitions sportives, du football à la pétanque. On se connait. Ce que l’on pense l’un de l’autre ? Sourire…

Le texte ci-dessus proposé est mis à disposition des participant-e-s au Prix Hervé Gigot, à des fins de création, et exclusivement dans le cadre du présent concours. Il est protégé par le droit d’auteur. Toute reproduction, adaptation ou utilisation en dehors du cadre strict du Prix devra faire l’objet d’une demande écrite préalable auprès des organisateurs. Cette disposition ne remettant en cause aucune des autres clauses du présent règlement.